Femmes, juges, justiciables : ensemble pour sauver la justice

Ce 20 mars 2019, dans le cadre de l’action “66 jours pour sauver la justice”, des associations de magistrat.e.s, soutenues par divers représentants du monde juridique, judiciaire et associatif, se mobiliseront pour alerter la société civile et les autorités politiques : la justice, en tant que structure et service, est en déliquescence. Demain notamment, 66 jours avant les élections législatives, il s’agira de rappeler à toutes et tous qu’il y a là un enjeu fondamental pour notre société.

Fem&L.A.W., avec La Voix des Femmes, l’Université des Femmes et Vie féminine s’associent à cette mobilisation.

En tant que juristes et citoyennes, nous constatons l’ampleur des dégâts que causent les choix politiques qui sont actuellement posés en la matière : du point de vue des professionnel.le.s, il est devenu difficile voire impossible de travailler sereinement et correctement à l’une des fonctions essentielles de l’Etat ; du point de vue des justiciables, il est devenu difficile voire impossible de faire entendre sa cause dans des conditions et un délai raisonnables.

En tant que femmes et féministes, nous constatons qu’aujourd’hui, les femmes se rangent parmi les premières victimes du définancement de la justice et de sa déliquescence généralisée.
Quant à leur accès à la justice, d’une part : majoritaires parmi les personnes les plus défavorisées, les femmes sont de moins en moins en mesure d’agir en justice ; majoritaires parmi les victimes de violences, elles souffrent directement du manque de moyens accordés aux services d’accueil, de prise en charge et de traitement des plaintes, dossiers et personnes.
Quant à leur exercice de la justice, d’autre part : si l’on se réjouit que les professions judiciaires se féminisent partiellement, on observe par ailleurs une détérioration générale des conditions de travail et de la valorisation de cette activité professionnelle ; autrement dit, il est un peu moins difficile qu’avant de faire une carrière judiciaire, pour les femmes, mais cette carrière est… plus difficile qu’avant, pour toutes et tous.

Ceci n’est pas une fatalité. Il est (encore) temps d’agir, de donner à l’appareil judiciaire les moyens de rendre une justice de qualité, ouverte à tous et toutes.

En solidarité avec toutes et tous les professionnel.le.s de la justice, en solidarité avec toutes et tous les justiciables, nous serons présentes à 11h30, le 20 mars 2019, dans la Salle des Pas perdus du Palais de Justice de Bruxelles, aux côtés des associations organisant cette mobilisation.

D’autres événements ont lieu, à Bruxelles et dans les autres arrondissements judiciaires, le 20 mars et ensuite.

66 jours pour sauver la Justice


#Justice pour toutes, #sosjustice, #66jourspourmesdroits

Fem&L.A.W. accueille des stagiaires pour l’été 2019 !

Nous proposons un stage à des étudiant.e.s en droit et en communication.

Stage en droit
Fonctions
Le/la stagiaire sera
– en charge de recherches destinées à alimenter Athéna, notre base de données regroupant des textes normatifs, décisions de justice et articles qui présentent un intérêt quant aux droits des femmes et à l’action juridique en la matière. Ces recherches seront consacrées à une ou plusieurs thématiques, déterminées en accord avec le/la stagiaire, selon ses centres d’intérêt (droit belge et/ou européen, pénal, familial, civil et/ou des étrangers, centrées sur une juridiction en particulier ou transversales, etc.)
– potentiellement impliqué.e dans notre publication d’un Code de droits des femmes.
– activement intégré.e dans les réunions et activités de l’asbl (lunchs associatifs, soirées débats éventuelles).
– invité.e à rejoindre les activités de plusieurs membres de l’asbl, dans différents cabinets d’avocat.e.s et structures de recherche, selon ses intérêts et les actualités dans lesdites structures.

Profil recherché
Etudiant.e en droit
– ayant obtenu son diplôme de bachelier.e ou, à tout le moins, validé 120 crédits du programme de bachelier.
– manifestant un intérêt pour les questions féministes, d’égalité femmes/hommes et/ou de genre
– présentant de très bonnes capacités de recherche (juridique principalement) et de rédaction
– francophone ou néerlandophone, avec une maîtrise passive de l’autre langue
– disponible au mois de juillet 2019, à mi-temps ou temps plein
– enthousiaste, flexible, engagé.e et/ou désireux/se de combiner une expérience juridique et associative

Stage en communication/organisation d’événement
Fonctions
Le/la stagiaire sera
– en charge de concevoir une campagne de financement (crowdfunding ou événement), ancrée dans nos activités à la fois juridiques et féministes (exercice d’éloquence, conférence, autres)
– en charge de développer la présence de notre asbl sur les réseaux sociaux, ainsi que son identité visuelle
– activement intégré.e dans les réunions et activités de l’asbl (lunchs associatifs, soirées débats éventuelles).
– invité.e à rejoindre les activités de plusieurs membres de l’asbl, dans différents cabinets d’avocat.e.s et structures de recherche, selon ses intérêts et les actualités dans lesdites structures.

Profil recherché
Etudiant.e en communication (avec ouverture à d’autres formations)
– ayant obtenu son diplôme de bachelier.e ou, à tout le moins, validé 120 crédits du programme de bachelier.
– manifestant un intérêt pour les questions féministes, d’égalité femmes/hommes et/ou de genre
– présentant de très bonnes capacités rédactionnelles et communicationnelles
– francophone ou néerlandophone, avec une très bonne maîtrise de l’autre langue
– enthousiaste, flexible, engagé.e et/ou désireux/se de combiner une expérience juridique et associative

Conditions de travail
Le stage
– est prévu au mois de juillet 2019, à mi-temps ou temps plein
– aura principalement lieu dans nos locaux de la Maison Amazone (10, rue du Méridien – 1210 Bruxelles – métro Botanique), sauf les journées passées dans des cabinets ou structures de recherche (ainsi qu’au Palais de justice pour les audiences auxquelles le/la stagiaire accompagnerait certaines de nos membres, s’il/elle le désire)
– ne sera pas rémunéré mais pourrait faire l’objet d’un défraiement partiel.
– sera encadré par des juristes (avocates, académiques, autres) engagées en féminisme

Les candidatures, composées d’une lettre de motivation et d’un cv, sont à adresser à info@femandlaw.be pour le 30 avril au plus tard.

Soutien à l’avocate Nasrin Sotoudeh

Vendredi dernier était célébrée la journée internationale de lutte pour les droits des femmes ; trois jours plus tard, ce lundi 11 mars, une avocate iranienne militante et féministe, Nasrin Sotoudeh, a été condamnée à 33 ans de prison et à 148 coups de fouet sur la base de sept chefs d’accusation. Âgée de 55 ans, Nasrin Sotoudeh a été arrêtée en juin 2018 ; elle avait déjà passé trois ans en prison, entre 2010 et 2013, pour « action contre la sécurité nationale » et « propagande contre le régime ». Elle est condamnée aujourd’hui pour avoir notamment défendu des journalistes, des activistes et des opposant.e.s arrêté.e.s lors des grandes manifestations de 2009 contre la réélection (contestée) de l’ex-président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad. Avant son arrestation, elle avait notamment pris la défense de plusieurs femmes arrêtées pour avoir enlevé leur voile en public afin de protester contre le port obligatoire du voile depuis la Révolution islamique de 1979.

Fem&L.A.W. est scandalisée que cette avocate ait été arrêtée et condamnée pour avoir fait son travail et pour son engagement en faveur des droits humains et des droits des femmes. Nous réclamons l’annulation de cette condamnation abjecte, ainsi que la libération immédiate et sans conditions de Nasrin Sotoudeh.

Une manifestation en soutien à Nasrin Sotoudeh aura lieu ce jeudi 14 mars à 18h, devant l’ambassade d’Iran (avenue Franklin Roosevelt, 15 à Ixelles).

8 mars, soutien et action ! (DH, BX1, Le Soir, Radio Contact, OBFG/avocats.be)

Ce 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, Fem&L.A.W. s’est mobilisée, en soutien avec toutes les femmes – tout particulièrement avec celles qui ont difficilement accès à la justice et celles qui, juristes, souffrent aussi des inégalités structurelles qui caractérisent encore notre société.

Outre notre participation à la mobilisation générale coordonnée par le Collecti.e.f 8 maars (brava à elles!), nous avons organisé un événement devant le Tribunal de 1ère instance de Bruxelles : en distribuant des croissants aux avocat.e.s, magistrat.e.s et justiciables de passage – de taille normale aux femmes, de taille réduite aux hommes (« pour une fois ») -, nous avons suscité bien des sourires et pu amorcer de beaux échanges, avant les premières audiences du jour.

Cette action a été relayée par La Libre, la DH sous la plume de Sarra El Massaoudi, BX1, Le Soir, Radio Contact et l’OBFG/avocats.be, que nous remercions.

Le 8 mars 2019 est derrière nous, nous serons présentes le 8 mars 2020 et, d’ici là, restons mobilisées.

2019 8 mars DH
2019 8 mars BX1
2019 8 mars Le Soir

8 mars – et si les femmes s’arrêtent…

Le 8 mars a été désigné « journée des droits des femmes » par l’Organisation des Nations Unies, en 1977 : c’est l’occasion, annuellement, de faire un bilan de la condition des femmes à travers le monde et de cibler les inégalités qui perdurent. Cette année, à l’initiative du « Collecti.e.f 8 maars », une grève des femmes se prépare en Belgique : les femmes sont appelées à suspendre leurs activités et à (se) manifester pour dénoncer les injustices et revendiquer leurs droits.

Cette mobilisation dépasse les frontières nationales, socio-économiques, professionnelles, culturelles et générationnelles : cette grève concerne toutes les femmes, dans la diversité de leurs activités. Il s’agit de marquer que les femmes occupent une place cruciale, au travail et au sein des familles, dans la rue, dans les lieux d’éducation, aux plus hautes fonctions comme auprès des membres plus vulnérables de notre société.

En Belgique, pareil événement pourrait paraître dépassé : notre Constitution garantit l’égalité entre les hommes et les femmes, les textes légaux ne peuvent plus être discriminatoires et le droit semble neutre. Pourtant, le droit et une certaine pratique du droit créent ou perpétuent des inégalités : au quotidien, les violences envers les femmes perdurent dans notre pays – qu’elles soient physiques, sexuelles, psychologiques, économiques, morales ou symboliques. Ces violences se traduisent par un risque d’agression mais, aussi, par une dépréciation générale du rôle dévolu aux femmes : elles assument toujours la plupart des tâches domestiques (souvent seules, presque toujours davantage que leur conjoint) voire demeurent cantonnées à la sphère domestique, sur la base d’un choix qualifié de libre ; elles sont tenues à l’écart des sphères d’influence publique ; elles voient leur compétence davantage questionnée que celle de leurs homologues masculins, alors même qu’elles ont majoritairement suivi des formations plus avancées que celles des hommes ; à travail égal, elles sont moins bien rémunérées que leurs homologues masculins et rencontrent davantage d’obstacles, invisibles ou non, à l’évolution de leur carrière ; elles courent davantage de risques quant à la pauvreté, selon tous les indicateurs en la matière : elles vivent majoritairement dans une plus grande précarité que les hommes.

Les chiffres et les pratiques à ce sujet concordent, en Belgique comme ailleurs : l’égalité n’est pas un fait.

A partir de notre pratique, nous pensons notamment aux mères célibataires, seules avec leurs enfants, que le CPAS refuse d’aider parce qu’elles ne sont pas suffisamment disponibles sur le marché de l’emploi ; aux femmes qui entrent en médiation familiale avec un ex-conjoint violent ; à celles qui portent plainte pour viol ou violences conjugales et voient leurs plaintes classées sans suite, quand elles sont enregistrées ; aux femmes étrangères qui préfèrent céder devant les violences de leur conjoint plutôt que de courir le risque de perdre leur titre de séjour en se mettant à l’abri des coups ; à celles qui sont renvoyées dans le pays qu’elles avaient fui pour éviter un mariage forcé ou une excision, après avoir enduré l’esclavage sexuel sur le chemin de l’exil, parce que leur demande ne repose pas sur un motif jugé suffisant ; aux femmes qui sont contraintes de quitter la résidence conjugale désertée par leur conjoint car le propriétaire refuse de les avoir comme seules locataires ; aux avocates qui s’entendent dire qu’il faut se débrouiller avec le harcèlement et le sexisme pour faire carrière au barreau ; aux jeunes femmes qui, malgré leur talent et leur travail, ont déjà moins de perspectives que les jeunes hommes ; etc.

Aujourd’hui, nous avons toutes et tous tendance à considérer que c’est là l’ordre naturel des choses – parce que « tout va mieux qu’avant » et que les hommes et les femmes sont différents.
Les acquis ne marquent pourtant pas la fin du progrès. Ils ne cessent d’ailleurs d’être mis en péril. Et ils ne sont pas encore traduits dans les faits.
La différence n’est pas et ne peut pas être synonyme d’inégalité.

Si les femmes suspendent leurs activités, la société s’arrête.
Alors montrons la place qui est la leur. Prenons-la. Donnons-la à toutes les femmes.
Le mouvement peut porter ses fruits, à l’instar du soulèvement des femmes en Espagne en 2018.

Nous avons choisi le droit pour lutter contre les violences envers les femmes, promouvoir leurs droits et contribuer à l’instauration d’une égalité réelle. Notre association rejoint le mouvement du 8 mars pour marquer sa solidarité avec toutes les femmes, y compris celles pour qui une mobilisation n’est pas possible.

Il est important pour nous de rappeler que les inégalités frappent aussi les femmes juristes. Bien que majoritaires parmi les étudiantes et les plus jeunes praticiennes du droit, elles sont minoritaires aux plus hautes fonctions et leur progression professionnelle est entravée par divers obstacles liés à leur genre – par exemple, les avocates gagnent en moyenne la moitié des revenus perçus par leurs homologues masculins et, contrairement aux jeunes pères, quittent massivement la profession à l’âge où l’articulation entre avocature et vie familiale devient difficile.
Il ne s’agit donc pas seulement, pour les femmes juristes, d’être solidaires avec d’autres femmes moins favorisées : il s’agit aussi d’assumer, le 8 mars notamment, que les inégalités frappent aussi les milieux juridiques – qu’il s’agisse de violences physiques et sexuelles, économiques, psychologiques, morales ou symboliques, les inégalités existent et peuvent être combattues.

Outre par la grève de celles qui le veulent et le peuvent (au travail ou pour les « tâches du quotidien »), le soutien à ce mouvement peut aussi passer par un temps d’arrêt au début d’une réunion ou d’une audience, le port d’un signe distinctif, un mot sur le mouvement ou un geste aux femmes de notre entourage à tous et toutes.

Nous serons présentes au Palais de Justice, avant les audiences du matin, pour une action de sensibilisation et un moment d’échange avec celles et ceux qui le désirent. Rendez-vous vers 8h15 devant le bâtiment Montesquieu.

Que celles et ceux qui le peuvent répondent à l’appel du « Collecti.e.f 8 ma.a.rs » et rallient la Gare Centrale à 17 heures, pour visibiliser leur sensibilisation ou leur mobilisation – plus d’info sur le site du Collecti.e.f : https://8maars.wordpress.com/agenda/