Certains articles récents font référence à une carte blanche communiquée par Fem&Law. Nous avons décidé de la publier sur notre site afin d’en partager le contenu (voy. notamment : https://www.lesoir.be/730444/article/2026-02-23/dans-la-tourmente-lavocat-marc-uyttendaele-ne-donnera-plus-cours-lulb)
On le sait, la parole des femmes qui dénoncent des violences sexistes et sexuelles (les « VSS ») est systématiquement remise en question. La victimisation secondaire (ou « victim blaming ») est encore la norme lorsqu’une femme ose dénoncer ce type de violences. Ces pratiques s’illustrent par le fait de mentionner la tenue de la victime, son taux d’alcoolémie, sa vie et ses relations intimes, sa relation avec l’auteur, son prétendu comportement avant ou après l’agression, sa santé mentale, etc. En bref, il s’agit de rendre la victime responsable de l’agression qu’elle a subie, de faire passer l’idée qu’elle en est fautive.
Quand l’auteur (présumé innocent) est une personne connue, le déchaînement qui s’abat sur la victime est d’autant plus violent. Car en parallèle de la « mauvaise victime » on édifie un récit reluisant de l’auteur, de ses accomplissements et sa « bonne réputation ». La victime de Marc Uyttendaele n’y a pas échappé lorsqu’elle a eu le courage de porter plainte contre lui.
Cette toute nouvelle avocate stagiaire, après 2 jours de stage, a quitté le barreau de manière précipitée et définitive, quelques minutes après l’agression subie dans le bureau de Marc Uyttendaele. A partir de ce moment-là, le calvaire de la victimisation secondaire commence pour la plaignante.
Le 3 juillet 2024 l’avocat de Marc Uyttendaele, Jean-Pierre Buyle, prend la parole sur RTL info[1]. Il minimise d’abord les faits en parlant de « geste inadéquat », de « faits très limités », « isolés », « de l’ordre de l’imaginaire ». Il informe également que les faits sont totalement contestés par son client. Il discrédite ensuite la plaignante, la désignant comme une « collaboratrice du cabinet qui est une femme aguerrie et expérimentée », révélant alors son âge et son statut de mère. Il mentionne ensuite ses expériences professionnelles passées, affirmant qu’elle aurait « l’habitude de tout cela » et qu’elle « avait la possibilité à terme de diriger le département de droit public », utilisant le terme « dame » pour la désigner. Il finit par invoquer un pseudo complot à l’encontre de son client en raison de son positionnement sur le « conflit à Gaza ». Par opposition, son avocat dépeint Marc Uyttendaele comme « un intellectuel de haut vol ». Il critique une plainte intervenant deux ans après les faits, en méconnaissance des recherches sur les violences sexistes et sexuelles qui démontrent que le temps est souvent nécessaire aux victimes pour porter plainte contre leur agresseur.
Il clôture par la menace de prendre des mesures contre ce qu’il considère comme relevant de la calomnie et de la diffamation, et comme portant atteinte à l’honneur de Marc Uyttendaele.
Ce qui est à l’œuvre dans ces propos indignes de la part du conseil de Marc Uyttendaele est une tentative d’inversion de la culpabilité. D’une part, le statut d’avocate stagiaire de la victime n’est pas reconnu. Les termes « collaboratrice » ou « dame » sont préférés afin de créer l’image d’une femme qui ne pourrait être agressée, tout en mettant en avant son âge, son statut, sa qualité de mère, ou encore ses précédents emplois (réels ou non). D’autre part, en évoquant un complot antisémite contre Marc Uyttendaele de la part de la plaignante.
Nous rappelons, si besoin en est, que les agressions sexuelles ne s’arrêtent pas d’être commises lorsque les femmes ont atteint un certain âge ou en raison de leur maternité. Des agressions sont commises chaque jour sur des femmes de tout âge, dans tous les milieux et quelles que soient les circonstances.
Nous rappelons également qu’il n’est ni nécessaire ni souhaitable de s’adonner à cette pratique du « victim blaming » pour bien défendre les intérêts de ses clients. Par ailleurs, cette pratique est condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme lorsqu’elle est reprise par les autorités judiciaires.
Ici, après avoir nié l’intégralité des faits et tenté de discréditer médiatiquement la victime, Marc Uyttendaele a finalement admis une partie des accusations, non sans minimiser les faits. Il a aujourd’hui marqué un accord à une médiation pénale, ce qui n’est légalement possible qu’à condition de reconnaitre sa responsabilité civile dans les faits.
Cette affaire illustre aussi tout ce que les femmes ont malheureusement à perdre en dénonçant leurs agresseurs, alors même que l’inverse devrait se produire. C’est la victime de Marc Uyttendale – alors que les faits ont été dénoncés auprès de l’Ordre français du barreau de Bruxelles – qui a dû renoncer à exercer le métier d’avocate qui était son rêve depuis toujours. Marc Uyttendaele n’a, quant à lui, subi aucune sanction et exerce toujours son métier d’avocat.
Quel message cela envoie aux futur·es avocat·es stagiaires ? Si leur maître de stage les agresse, le système d’impunité veut que ce soit à elles·eux de partir, alors que leurs agresseurs pourront continuer leur métier comme si rien ne s’était passé.
L’Université Libre de Bruxelles, où Marc Uyttendaele est professeur de droit constitutionnel, n’a à ce jour pas pris de sanctions à son encontre – si ce n’est d’annoncer une adaptation des modalités d’examen. Malgré l’annonce d’une reconnaissance au moins partielle des faits, il n’y a eu aucune prise de position officielle de l’ULB, et Marc Uyttendaele reste l’avocat de cette université dans une série de procédures. Comment une institution qui se prétend engagée peut continuer de transmettre un tel message à ses étudiants et surtout, ses étudiantes qui réclament d’ailleurs un écartement[2] ?
Cette question mérite d’être posée, et Marc Uyttendaele, en sa qualité d’avocat dans une autre procédure, l’avait d’ailleurs exprimée : « Accepterait-on qu’un enseignant accusé de faits de mœurs reste en poste jusqu’à son jugement ? »[3]. Qu’en est-il s’il a lui-même reconnu les faits et que le parquet considère l’infraction établie ?
Faisons mieux.
Fem&LAW
[1] RTBF, « L’avocat Marc Uyttendaele reconnaît un geste inapproprié envers une avocate stagiaire, le parquet propose une médiation pénale », RTBF Actus, 31 janvier 2026. https://www.rtbf.be/article/l-avocat-marc-uyttendaele-reconnait-un-geste-inapproprie-envers-une-avocate-stagiaire-le-parquet-propose-une-mediation-penale-11671365
[2] RTL info, « On s’attendait à ce type de réponse : l’ULB réagit à la demande d’écartement de Marc Uyttendaele par un collectif étudiant », RTL Info, 5 février 2026.
[3] M. Geelkens, « Gynécologue accusé de viol : Je ne vais pas commencer à nier… », Le Vif, 2 septembre 2020, mis à jour le 21 janvier 2021.